Un jour, le Temps se rendit compte qu’il s’ennuyait. Quelle surprise ! Cela ne lui était jamais arrivé. Le Temps était le Temps. Il passait paisiblement ou terriblement selon les saisons, selon les regards, selon comment on le mesurait. Mais vint un temps où le Temps s’ennuyait.

– « Mais depuis combien de temps est-ce que je m’ennuie ? » se demanda le Temps.

Le Temps fut chagriné, car aucune réponse ne lui vint. Alors il se concentra et creusa au plus profond de sa mémoire. Mais jamais il ne sut dire, à quel moment son ennui était né. Alors le Temps commença à angoisser.

 

 
– « Et si je m’ennuyais depuis toujours ?! » s’esclaffa t-il. Mais encore une fois ce qui l’embêtait, c’est qu’il ne savait pas dire si c’était un toujours récent ou, au contraire, très ancien.
 
Alors le Temps eut une idée. Il se dit qu’il allait demander conseil à sa grande amie Espace. Il ne fut pas vraiment difficile de la trouver, car Temps et Espace vivaient en collocation.
 
– « Espace ? Espace ? Es-tu là ? cria le Temps.
– Non je suis ici ! répondit-elle.
– Ici ?! Mais à quel endroit ici ? » Le Temps ne savait ou diriger son attention, car Espace semblait lui répondre, comme à son habitude, de partout à la fois.
– Je suis ici et là en même temps. Ne me vois-tu pas ? dit Espace.
– Ah oui ça y est je te vois.
– Que t’arrives-tu Temps ? demanda Espace.
– Je m’ennuie, répondit le Temps. – Je viens de m’en rendre compte. Mais le souci, c’est il m’est impossible de savoir depuis combien de temps. Dit le Temps visiblement désemparé.
– Alors j’ai pensé que je pourrais trouver conseil à tes côtés, l’espace d’un instant. »
 
Espace, en entendant le Temps lui partager son désarroi, fut pour le moins désarçonnée. Elle n’y connaissait absolument rien aux questions relatives au temps. Surtout lorsqu’il était autant interrogatif.
 
– « Écoute, je ne saisi absolument rien aux questions sur l’origine des choses. Moi tu sais, mes grandes passions sont les voyages et les sports nautiques, dit Espace en levant les yeux au ciel.
– Tiens d’ailleurs, en rentrant d’un stage de ski nautique au Lac de Pontenx, j’ai rencontré il y a quelques années lumière un ermite auto-stoppeur.
– Un ermite autostoppeur ? Comment ça ? demanda le Temps.
– Oui c’était un humain plutôt étrange. Il me dit vouloir voyager au cœur de Toute Chose pour en découvrir l’origine. Donc logiquement, si ton ennuie a un commencement, et si cet ermite humain a trouvé ce qu’il cherchait … alors il peut-être pourra-t-il t’aider ?! »
 
À entendre les mots d’Espace, le cœur du Temps se remplit d’espoir. Et sans rien attendre, le voilà déjà parti, lui aussi vers Toute Chose pour y trouver l’ermite.
 
– « Bon voyage !», cria Espace, tout en se demandant si l’expression convenait au Temps.
 
Ni une ni deux, le Temps déjà filait si vite vers Toute Chose que rien dans l’univers n’eut le temps de se passer.
 
– « Toute Chose ! appela le Temps sans même prendre le temps de saluer.
– Ouiiiiiiiiiiiiiiii, dis Toute Chose comme sortant de sa torpeur. Toute Chose était longue à la détente. Ni se presser ni se hâter n’étaient dans ses habitudes, bien qu’elle était toute chose.
– Dis-moi Tout Chose, je suis à la recherche d’un termite. Pardon un ermite. Un ermite humain. Espace m’a dit l’avoir croisé il y a quelques années lumière. Et il aurait été à ta recherche. L’as-tu vu passer ces temps-ci ?
– Temps. Tu me déranges pour me demander si moi, Toute Chose, j’ai vu un humain ? Sais-tu combien d’humains je vois en ce moment même moi qui suis Toute Chose ? »
 
Le problème avec Toute Chose, et le Temps l’avait oublié, c’est qu’il fallait éviter de lui poser des questions. Car c’était prendre le risque d’entendre la réponse pour l’éternité. Mais fort heureusement, pour le Temps, risquer l’éternité n’était pas un problème. D’ailleurs, le Temps était le seul à pouvoir couper la parole à toute chose. Mais jamais de mémoire de Temps cela ne s’était produit ; le Temps n’avait aucunement l’intention de prendre le risque.
Alors le Temps écouta patiemment Toute Chose lui parler des humains, des ermites et des humains ermites. La logorrhée fut longue (même pour le Temps), car Toute Chose y avait été dites. Puis le Temps prit tout son temps pour demander cette fois, plus précisément :
 
– « Et que pourrais-tu me dire au sujet d’un humain ermite pris en auto-stop récemment par Espace ? demanda le Temps avec un sourire en temps réel.
– Hum. Laisse-moi réfléchir à toute chose qui ne serait pas cela, dit Toute Chose.
– Oui je m’en souviens, celui-là, je veux dire cet humain ermite, cherchait mon origine. Ahahah. Vraiment un humain singulier.
– D’accord. Et sais-tu ou je pourrais le trouver cet humain recherchant ton origine Toute Chose ? J’aurais quelque chose à lui demander. » dit le Temps en dissimulant mal son tracas quant à la nature de sa recherche.
– Oui, il est retourné chez lui après avoir découvert ce qu’il cherchait. Tu le trouveras sur la planète Terre. » dit Toute Chose mimant de se creuser les méninges.
 
Sitôt dit, sitôt parti. Vous commencez à connaitre le Temps, il ne tient que rarement en place. Alors le Temps se rendit sur la planète Terre. Les premiers humains que le Temps croisa furent très surpris, car ceux-ci ne le connaissaient pas. Et le Temps lui-même fut également surpris, car, de son temps, il était tout de même une personnalité notable dans le quartier.
 
Alors le Temps se mit à la recherche de cet humain qui, d’après Toute Chose, en avait découvert l’origine. Il passa des millénaires et des millénaires et des millénaires à la recherche de cet humain. Si bien qu’à la fin, tous les humains semblaient parfaitement connaitre le Temps et même y prêter parfois une déroutante attention.
Puis, un jour, alors que rien ne se passait, le Temps entendit la voix d’un homme lui dire ;
 
– « Hey temps ! Où files-tu à ce rythme ? On te dirait pressé. » L’homme ressemblait au voyageur qu’Espace lui avait décrit : barbe hirsute, chapeau de paille, pantalon et chemise fripés. Lumière pure dans le regard. Le Temps fut stupéfait que cet humain lui adresse la parole.
 
– « Humain. Comment se fait-il que tu me connaisses alors que je n’ai jamais croisé ton chemin ? Et où as-tu trouvé la lumière pure de tes yeux ? demanda le Temps.
– Je ne l’ai pas trouvée, répondit l’ermite. – C’est elle qui m’a retrouvé.
– Elle ? Elle t’a retrouvé ? dit le Temps interrogatif. Ne serait-ce pas Toute Chose qui te l’a donnée ? Car elle seule peut la révéler il me semble !?
– Oui tu as raison. Toute Chose est en moi et révèle cette lumière. » dit l’ermite en ouvrant grand les yeux.
 
À ces mots le Temps hésita à ralentir pour faire mourir d’ennuis cet humain présomptueux. Mais vite il se ravisa, et sonda à sa manière la sagesse de cet humain en allant à l’essentiel.
 
– « Dis humain, Espace et Toute Chose (deux amies proches) m’ont dit que peut-être tu aurais trouvé l’origine de toute chose. Est-ce le cas ? »
L’ermite regarda le Temps droit dans les yeux et éclata de rire.
– « Peut-être Temps. Peut-être.
– Comment ça peut-être ? dis le Temps agacé. Espace m’a dit que tu étais à la recherche du cœur de Toute Chose. Toute Chose m’a dit que tu avais bien trouvé son origine ! Et tu me réponds peut-être ? Ne serais-tu pas en train de te payer ma tête ? »
C’était bien la première fois qu’un humain rendait le Temps impatient. Et c’est sans doute pour cette raison que le Temps était à l’orage.
– « Temps, dit l’ermite. Je te vois sans te voir. Je te sens sans te sentir. Je te connais sans te connaitre. Comment pourrais-je te répondre toi qui existes sans exister ? »
 
Le temps n’en croyait pas ses oreilles. Comment pouvait-il y avoir un humain aussi espiègle et énigmatique ? Comment le temps pourrait-il découvrir l’origine de son ennui si personne ne l’y aidait ?
 
– « Temps, voici ce que je te propose, dis l’ermite.
– Continue de fréquenter mes frères et sœurs humains. Et quand tous auront retrouvé dans leurs yeux la lumière que tu vois dans les miens, je te révèlerais l’origine de Toute Chose. Y compris de ton ennui. Mais tu devras être patient ?! Car les humains te connaissent désormais. Et pour retrouver cette lumière, il leur faudra à nouveau t’oublier. Et cela pourrait prendre un peu de temps. »
 
À ces mots, le Temps ressentit une grande satisfaction car la proposition semblait des plus simples. Il ne savait pas encore quel fil à retordre les humains risquaient de lui donner.
 
– « Ne t’inquiète pas humain. Le temps n’est pas ce qui me manque. Et si tes semblables en ont encore besoin pour m’oublier, je ne manquerai pas de leur en fournir tant qu’ils voudront, dis le Temps très sûr de lui. – À tout de suite humain j’en ai pour un instant. »
Alors le Temps fila s’offrir aux humains pour que, paradoxalement, ces derniers l’oublient. Combien de temps cela prendrait-il ? Le Temps ne s’en souciait pas. Seul comptait désormais qu’ils retrouvent dans leurs yeux la même lumière que l’ermite. Lumière diamant du moment présent. Lumière joie de l’innocence. Lumière pure de leur nature divine.
 
 
 
 

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